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Avis n°485

Le mythe des contrats proposant une électricité verte joue sur la confusion du consommateur entre kW et kWh.

Ajouté par Ariel DUPéRIER (Les Granges-Gontardes), le
[Origine : Site internet]
Energies renouvelables

--- PREAMBULE ---

L'électricité est une énergie qui ne se stocke pas. C'est cette particularité qui la rend complexe à gérer, l'équilibre offre-demande doit être assuré en permanence.

**La demande en énergie est prévisible grâce aux habitudes des consommateurs (particuliers comme industriels)

**L'offre (capacité de production) se découpe en 3 volets :
1- Les capacités permettant de produire à la demande (Turbines à gaz, certains ouvrages hydrauliques, batteries (pour les systèmes insulaires), un partie de la réserve de puissance des centrales nucléaires, biomasse, fioul lourd, importations (charbon)...)
2- La production de base, essentiellement le nucléaire écrêté de sa réserve de puissance et les ouvrages hydrauliques dit "au fil de l'eau"
3- La production dite intermittente et peu ou pas prévisible : éolien, solaire

L'équilibre offre/demande est complexe car on peut agir seulement sur une partie restreinte des moyens de production étant donné que la demande, si elle est prévisible ne se module pas ou très peu. A cette difficulté s'ajoute l'aspect intermittent mais surtout imprévisible du renouvelable. Cette instabilité se fait à l'échelle des jours mais aussi des heures.

L'électricité consommée sur le réseau à un instant t dépend donc de cet équilibre et n'est de fait, jamais constitué d'énergie "100% verte"

--- CONSTAT ---

De nombreux fournisseurs d'énergie prétendent offrir une électricité "verte", en le justifiant par le fait que pour chaque kWh consommés, un kWh "vert" est injecté sur le réseau.

Ce type de publicité induit de nombreux biais chez le consommateur, préjudiciable à sa manière de consommer et aux réalités industrielles d'un réseau électrique :

1) Elle fait croire au consommateur que son électricité est verte dès qu'il l'utilise
2) Elle sous entend qu'il est possible d'avoir une électricité 100% verte sans moyen de substitution (souvent carbonés)
3) Elle introduit la confusion, tenace dans la population entre énergie (kWh) et capacité de production (kW).

--- ANALYSE ---

Un réseau électrique, avec les technologies actuelles, assure son équilibre grace à un mix énergétique. L'augmentation de la part du renouvelable intermittent nécessite d'augmenter d'autant la part de moyen de production souple (turbine à gaz et fioul essentiellement) fortement carboné.

Un kWh à l'instant t n'est ni équivalent, ni substituable par un kWh à l'instant t-1 ou t+1.

Le consommateur avec un contrat vert pourra utiliser à son insu des kWh fortement carbonés à certains moment. Les kWh verts pour compenser étant injectés "à l'aveugle" quand ils sont produits.

Ainsi, dans le cas le plus défavorable et dans le cas de ces contrats verts (comme les autres), il faut moduler la charge du réseau à la hausse pour faire tenir le réseau lorsqu'il y a une baisse de la production de renouvelable et il faut le moduler à la baisse lorsqu'il y a une hausse de la production issue du renouvelable intermittent (et baisse de la consommation) pour injecter le kWh vert sur le réseau.

--- PROPOSITION ---

Empêcher les publicités trompeuses de faire croire qu'une électricité peut être "100% verte" par la voie législative s'il le faut car c'est techniquement faux.

Ces éléments trompeurs biaisent le débat public (cf. constat).

--- CONCLUSION PERSONNELLE ---

Eclairer le débat pour faire comprendre que le 100% renouvelable intermittent n'est pas viable actuellement (il ne permet pas les réglages primaires, secondaire et tertiaire de fréquence) et que son augmentation induit nécessairement une hausse des moyens palliatifs carbonnés. Qu'avoir une base décarbonnée (nucléaire) reste un atout pour la france pour un kWh plus faible en CO2, à tout heure.

--- RESUME EN 1 PHRASE ---

La confusion du grand public entre kW et kWh fait croire qu'une électricité 100% verte peut lui être délivrée à chaque moment à son compteur.

Commentaires

J'irais même à dire que c'est une forme de "publicité mensongère".
Un fournisseur d'électricité ne devrait avoir le droit se dire "100% d'origine renouvelable" que s'il est capable d'assurer à chaque instant qu'il produit/achète la puissance qu'il fournit à partir de sources renouvelables (ou de déstockage d'énergie elle-même d'origine renouvelable).

44000

Vous dites "il faut faire comprendre que le 100% renouvelable intermittent n'est pas viable actuellement (il ne permet pas les réglages primaires, secondaire et tertiaire de fréquence)"

C'est complètement faux.

D'une part le 100 % renouvelable est viable techniquement avec les technologies actuelles, c'est une certitude que personne de sérieux ne conteste (les débats portent sur le coût ou non important d'un tel mix, pas sur sa faisabilité technique qui est déjà acquise).

D'autre part, dans un mix à grande dominante PV et éolien, le fait d'assurer le réglage de fréquence primaire/secondaire/tertiaire n'est absolument pas un semblant de début de problème. Eoliennes et PV peuvent gérer ce réglage très facilement (vu leurs capacités de ramping très très supérieures à celles des autres technologies); et ce d'autant plus efficacement que le réglage 'à la hausse" sera majoritairement pris en charge par la conso industrielle (ce qui est déjà de plus en plus le cas à l'heure actuelle en France). Bien sûr, il est probable que dans un tel mix très intermittent il faudra augmenter un peu les réserves de fréquences, mais ceci a un coût totalement négligeable.

La difficulté dans un mix intermittent c'est de gérer la pointe de conso en cas de faible production intermittente, ainsi que les épisodes durables de vent faibles. Or ceci n'a absolument rien à voir avec le réglage de fréquence au sens que vous lui donnez ("primaire/ secondaire/ tertiaire"), qui sert je le rappelle à corriger les imprévus de dernière minute, pas les déséquilibres anticipables ne serait-ce que quelques heures à l'avance.

13001

Ce que vous dites est peut-être* vrai mais en tout cas ne change rien au fond du problème ici :
Comment se fait-il que des fournisseurs d'électricité qui ne sont pas capables d'assurer _à_chaque_instant_ (ie: en puissance) une fourniture d'origine EnR peuvent-ils vraiment se dire 100% EnR, puisqu'ils s'appuient sur d'autres productions pour gérer l'intermittence ?

*rq: Il est quand même plus facile de synchroniser quelques dizaines de grosses machines que mille fois plus de petites unités.

44000

Bonjour M. Martelas. Vous balayez d'un revers de main le débat technique et industriel et la montée en capacité de la production renouvelable intermittente (souvent notée ENRi). Vous allez un peu vite en besogne pour afficher promptement que "c'est complètement faux".

C'est un débat d'expert, que je ne suis pas, même si j'en comprends bien les notions.

Les réglages de fréquences sont assurés par les masses tournantes, c'est à dire les grosses turbines que celle-ci soient mues par de l'eau ou de la vapeur (produite par du nucléaire, charbon, biomasse, fioul, peut importe) que ne fournissent pas les ENRi

Pour ceux qui s'intéressent aux questions techniques liées aux réseaux électriques qui sont fondamentales mais souvent omises, voici un explicatif fournis par le gestionnaire RTE :

https://clients.rte-france.com/htm/fr/mediatheque/telecharge/reftech/24-...

Enfin, et pour éclairer mon propos, voici un résumé fait par la SFEN qui s'appuie justement sur les études de montés en capacité du renouvelable mais avec une vision plus industrielle que idéologique :
http://www.sfen.org/sites/default/files/public/atoms/files/contraintes_d...

Les éléments présentés s'appuient sur des propos de Georges Sapy visible ici :
https://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/ue_2016/11-12-...

26290

Personne de sérieux ne peux affirmer que 100 % de renouvelable est techniquement faisable actuellement, à l'exception de quelques pays très bien dotés en hydraulique ou en géothermie (Norvège, Islande...). Il n'en est absolument rien et tous les essais, comme celui de l'île d'El Hierro, ont démontré le contraire. Je dirais quant à moi, affirmer que le 100 % renouvelable est actuellement techniquement possible en France est une preuve d'absence totale de sérieux.

92500

"L'arnaque des contrats '100% électricité verte'" est encore plus trompeuse que l'énoncé initial laissait supposer :
Pour proposer de tels contrats, les fournisseurs n'ont non-seulement pas l'obligation d'acheter des MWh 'verts' correspondants à la consommation instantanée de leur clients, ils n'ont tout simplement même pas obligation d'acheter ces MWh auxdits producteurs !!!

En fait, il leurs suffit d'acheter des "garanties d'origine", qui se négocient pour (presque) rien et qui ne sont pas corrélées à un achat réel d’électricité !

source: https://www.lagedefaire-lejournal.fr/larnaque-offres-delectricite-verte/

44000