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Question n°121

Consommation des télécommunications

Ajouté par René MARCAND (LYON), le
[Origine : Site internet]

La consommation d’énergie (électricité principalement) induite par l’usage des télécommunications (téléphonie, 4G, internet…) augmente rapidement. Quelle connaissance en avons-nous ? Peut-on envisager des objectifs de réduction ? Un système de taxation progressive peut-il réguler cette consommation ? On peut également y ajouter un objectif d’équité. Les infrastructures étant calibrées pour les pics de consommation, il serait normal que les gros consommateurs payent davantage que les autres abonnés (problème des forfaits illimités).

Date de la réponse:
Réponse de La maîtrise d’ouvrage, le
Réponse:

Le code de l’énergie prévoit un audit énergétique obligatoire pour les grandes entreprises qui doit couvrir a minima 80% des factures énergétiques et être établi selon une méthodologie standardisée et par un auditeur qualifié. Cette mesure permet aux grandes entreprises concernées du secteur des télécommunications de mesurer la consommation énergétique de leurs infrastructures et de disposer de préconisations d’amélioration de leur efficacité énergétique.

L'ADEME constate l'augmentation des usages des technologies de l'information et de la communication et des impacts environnementaux tant en matière de consommation d'énergie que d'utilisation des matières premières (fabrication et fin de vie). Elle travaille sur ces sujets depuis les années 90, mais n'a pas l'autorité en termes d'observation des évolutions de ces services qui relèvent sur les usages proprement dits des secteurs des télécommunications et de l'audio-visuel. L'agence mène toutefois des exercices (dont plusieurs sont en cours) :

  • de prospective d'évolution des consommations d'énergie globale (tous usages et tous secteurs) en lien avec RTE et EDF,

  • de prospective d'évolution des consommations d'énergie des équipements dans le secteur résidentiel (étude en cours),

  • de modélisation des consommations d'énergie des TIC au niveau international (au sein du programme de collaboration technologique 4E de l'Agence Internationale de l'Énergie ; premiers résultats prévus fin 2018 début 2019),

  • et assure une veille technologique sur le sujet.

 Les chiffres nationaux issus des travaux de prospective sur les scénarios des différents acteurs de l'énergie (dont RTE et EDF) estiment la consommation actuelle des TIC en secteur résidentiel (ordinateurs, téléviseurs, box internet et divers électronique domestique) à environ 15 TWh/an[1] ; à noter que les usages des TIC dans ce secteur sont fortement liés aux télécommunications du fait de la banalisation des téléphones portables (dont la consommation à l'usage est cependant encore faible) de l'Internet (ordinateurs, tablettes, objets connectés) et des services audio-visuels (plus de la moitié des foyers en France regarde la télévision via la box internet TV des fournisseurs d'accès).

La consommation des TIC en secteur tertiaire est estimée à environ 22 TWh dont 13 TWh pour les serveurs et équipements de télécommunication (auxquels il faut rajouter une part de consommation pour le refroidissement de ces équipements d'environ 5 TWh).

En termes d'évolutions technologiques et des usages, c'est la part des data-centres et réseaux de télécommunication qui va devenir sans doute le plus grand poste de consommation des TIC, poussé notamment par la généralisation des téléphones portables et intelligents (smartphones), l'abandon progressifs des ordinateurs au profit des tablettes (peu consommatrices d'énergie), la forte croissance de la vidéo sur Internet (80% du trafic de données sur Internet), et la généralisation du modèle du cloud computing, ainsi que la montée en puissance de l'Internet des Objets. Tous ces usages sont liés à des acteurs économiques actuellement vecteurs de croissance et bénéficiant de la "clémence" des gouvernements dans le monde. Et faire porter le poids de mesure sur les utilisateurs pourrait être un frein à cette croissance.

Du côté des utilisateurs les plus gros postes de consommation qu'étaient les téléviseurs ont été traités avec l'étiquette Énergie européenne et, du fait du passage à la HD sur le territoire, l'ensemble du parc a été bien renouvelé (il paraît difficile d'envisager d'autres avancées à court terme). De même du côté des ordinateurs personnels, ils ont évolué des ordinateurs fixes vers les ordinateurs portables moins consommateurs et ceux-ci sont progressivement remplacés par des tablettes encore moins consommatrices.

Il reste toutefois un poste de plus en plus important en termes de consommation d'énergie dans ce secteur : les box des opérateurs mis à disposition des abonnés, ces box (modem d'accès à internet et boîtier TV) consommant sur l'année entre 2 et 4 fois la consommation annuelle d'un téléviseur A++ de grande diagonale, le plus souvent en pure perte (veille du boîtier TV ou mode d'attente du modem). Parmi les 4 grands fournisseurs d'accès nationaux, 3 d'entre eux avaient présenté il y a quelques années un accord volontaire auprès du Gouvernement (au titre des "Grenelle de l'Environnement") porté par la Fédération Française des Télécommunication. Il serait judicieux de revisiter et actualiser ce type d'initiative, la France étant un des rares pays avec des opérateurs proposant des offres "triple-play" (ou "quadruple-play"), mais de manière plus "descendante" cette fois de la part du Gouvernement et impliquant tous les opérateurs (et pas seulement ceux de la Fédération).

Pour les usages professionnels où l'on va retrouver notamment les data-centres, la croissance des consommations paraissant difficile à ralentir, c'est sans doute à la fois sur des exigences de performance des infrastructures (notamment sur l’indicateur d’efficacité énergétique maximum des nouveaux data-centres et sur la récupération d'énergie de ces installations) et sur la fourniture en énergies renouvelables des nouveaux data-centres puis des data-centres existants que l'on pourrait soulager la demande (tant en consommation qu'en dimensionnement de puissance). À noter que la demande énergétique n'est pas linéaire par rapport à l'usage, la consommation de données et le transport de ces données, n'étant pas directement liés à la puissance ou l'énergie nécessaire (taxer les forfaits illimités n'aurait pas d'effet immédiat en termes d'économie d'énergie du fait du fonctionnement de l'internet basé sur des mécanismes collaboratifs et redondants).

D'autres actions d'amélioration technologique concernent plus directement les fabricants des équipements de TIC, mais nécessitent des actions à des niveaux européens (Commission) et internationaux (à l'instar des actions menées notamment au sein de l'Agence Internationale de l'Energie sur les équipements connectés et/ou toujours en marche).



[1] Rappelons que la consommation nationale annuelle d'électricité est entre 450 et 500 TWh.